De l’Asphalte Sous les Pieds …

Publié dans IRL le juillet 6, 2008 par Sacriledge

Dans le genre endroits glauques il y a aussi le métro.
Tous ces gens qui se voient sans se regarder, qui s’espionnent sans se voir, et qui n’iront jamais échanger un regard ou une simple parole. Alors on écoute sa musique à fond, on se fixe sur un coin de page de son journal, ou de celui du voisin dans le cas échéant … et on attend d’être arrivé pour pouvoir enfin refaire le chemin inverse quelques heures après.

C’est navrant mais c’est comme ça.

Fallait rattraper le temps perdu. Mais s’il y a bien une chose qu’on ne rattrape jamais, c’est ça.

Publié dans I feel weird. le juin 30, 2008 par Sacriledge

Elle avait pu maîtriser sa haine pendant des années. Elle avait grandi en elle comme une plante carnivore, la rongeant du dedans. S’était nourrie de ses blessures, de ses rancoeurs, de toutes les humiliations qu’elle avait subies. Elle avait toujours été bien plus blessée par les mots que par les coups. Elle trouvait leur pouvoir plus assassin que toutes les violences physiques. Et pour se protéger, elle avait fini par se murer dans un long silence, ne répondant que de façon superficielle aux questions qu’on lui posait. Juste pour ne pas attirer l’attention.

Et puis surtout elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas pourquoi elle est là. Elle se souvient comment elle y est arrivée, les souvenirs sont là, nets et précis, malheureusement.

Elle ne comprend juste pas pourquoi on l’y a obligée. Elle se sentait bien, elle allait bien, elle faisait ce que bon lui semblait et subitement elle a chutée. Physiquement, moralement. Et maintenant elle est là. Les Autres lui font peur, ils ne la comprennent pas et ne semblent pas plus se comprendre eux-mêmes. Ils lui font peur, ils font juste peur à voir.

Elle pense, ne réfléchit plus, pense tout simplement. Et bien sûr elle parle, du moins, comme tout le reste, c’est sa vision des choses, qui n’est pas la même que celles des autres. Tous lui parlent comme si elle ne comprenait plus rien à la vie, qu’il ne lui reste que l’autre côté à découvrir, mais elle comprend, ce sont les Autres, encore eux, qui ne savent pas l’écouter, pas la comprendre non plus.

Pourquoi est-elle là ? Elle le sait très bien mais ne veut pas se l’avouer, ne le peut pas non plus. Elle était devenue ingérable, pour elle. Quelqu’un devait la gérer à sa place, et ce quelqu’un, c’était les Autres. Les ingérables, les gérants. Les uns ne lui accordent pas la moindre attention et les autres ne sont là que pour ça, à nos yeux.


Ça me rappelle l’hôpital surnommé asile par ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Ceux qui se font des idées préconçues, tellement simple pour éviter de connaître ce qu’il en est réellement. Ce n’est pas comme dans les films, on ne nous met pas d’entonnoir sur la tête, on ne passe pas notre temps à crier dans les couloirs. Ceux-là sont la plupart du temps enfermés, camouflés dans leur chambre. Les autres pensionnaires, les plus sérieux, comprenez les plus déprimés, peuvent sortir. C’est une vraie prison, passer quelques mois dans cette atmosphère ne peut que rendre plus aliéné qu’on ne l’était en rentrant. Rien à faire de ces longues journées où l’on nous prend pour des enfants, à nous chuchoter chaque parole au creux de l’oreille de peur de nous stresser, de déclencher une nouvelle crise de colère. Eux non plus ne comprennent pas que c’est cela qui nous angoisse. Ils nous mettent à part, parlent de nous entre eux sous nos yeux comme si nous ne pouvions pas comprendre mais nous le pouvions, du moins certains d’entre nous. Leur dire que nous allions bien ne suffisait pas, leur dire que nous n’étions pas fous ne faisait qu’empirer la situation. Ils dirigeaient, ils décidaient de notre présence ou non ici et non ne pouvions rien dire pour notre défense.

Pour passer le temps on pouvait lire, quand nos livres étaient acceptés par les instances dirigeantes qui ne laissaient en fin de compte passer que des romans à l’eau de rose ou des magazines de jardinage. Mes thrillers habituels étaient évidemment proscrits compte tenu de mes penchants morbides. Je m’en fichais, j’avais appris à être gentille, à le paraître. Et ils pourront dire ce qu’ils veulent je me comporterai toujours sans commettre un pas de travers jusqu’à ma sortie, qui sera sans nul doute définitive cette fois-ci.

La Fécondation in Vitro des Poulpes dans le Lac de Genève.

Publié dans IRL le juin 26, 2008 par Sacriledge

La fête de la musique à Paris, c’est sortir de chez soi le dimanche matin plutôt que le samedi soir, et surtout remonter des quais vers les 4h, voir qu’il ne reste “plus que” quelques milliers de gens dans les rues et, ai-je besoin de le préciser, des déchets partout. Pire que pendant les grèves, c’est Paris en état de chaos pendant que tout le monde descend dans la rue en faisant le remake de Tintin dans L’Etoile Mystérieuse pour essayer de trouver un endroit où s’enfuir.

Les rues sont jonchées de détritus de tout genre, je jette un œil négligent à la Seine et je vois des dizaines de bouteilles de vodka qui coulent le long de la Seine, en avançant deux fois plus rapidement que ceux les ayant lancées, n’étant eux-mêmes plus vraiment en forme pour marcher aussi vite que le courant.

Ah oui c’est vraiment sympa Paris les jours de fête, une ambiance aussi stressante que The Happening et totalement comparable.
J’aurais été poignardée, je ne m’en serais pas rendue compte.

Les gens qui creusent en pleine nuit sous la menace d’une arme finissent mal.

Publié dans I feel weird. le juin 15, 2008 par Sacriledge

Et fixer ce sale sourire sur mes lèvres. Juste pour me voiler la face à la vue de celle des autres. Un simple voile des plus comblés et des plus sympathiques, qui me fait penser à une tristesse grandissante, simultanée à une gentillesse et une apparence réjouie grandissantes. Le seule moyen de me protéger d’eux et de les protéger de moi. Les préserver, les faire déculpabiliser avant qu’ils ne s’en rendent compte et m’enfoncer dans une solitude artificielle à leurs yeux puisqu’invisible. Ils me voient souriante donc ne me regardent pas vraiment. A leur place je ferais sans aucun doute la même chose, c’est vrai ça, pourquoi chercher à savoir pour quelle raison quelqu’un est-il désemparé quant il semble heureux toutes les minutes de sa sale journée ? C’est la faute du Delta 9, une excuse bien valable dans un grand nombre de situations.

Je m’amuse. C’est tellement simple de paraître heureuse rien qu’en utilisant un ou deux smileys.
Si je vous dis que je vais bien, ne me croyez pas. =)

X_X

Publié dans IRL le juin 9, 2008 par Sacriledge

3h. La lune dehors, ou serait-ce le soleil.
Et là des lumières, des lumières psychédéliques qui sortent des fourrés.
De la fenêtre on ne voit rien, juste une pelouse, une maison probablement hantée et des grillages. Pas une seule route en vue, pas un mouvement dans la campagne en pleine revégétalisation qui commence à se recouvrir de rosée.
Et puis des flashes, saccadés, au même rythme que les éclairages du phare de la Tour Eiffel, sauf qu’ici il n’y a pas 36 solutions possibles, ce sont des extraterrestres ni plus ni moins. Evidemment le simple fait de se rendre compte de leur présence a suffit pour les faire disparaître, mettant ainsi en doute l’esprit le plus vif et le plus rationnel de tous : le mien.

Lucy tout là haut dans le Ciel

Publié dans IRL le juin 6, 2008 par Sacriledge

Non le blog n’est pas abandonné.
Il est en cours de réflexion.

Et Pourtant …

Publié dans IRL le mai 22, 2008 par Sacriledge

Du soleil, ça faisait longtemps.
Ce même soleil qui à lui seul fait sourire certains et fuir certaines.
Il suffit de prendre deux personnages et un contexte : une jeune femme, un passage piéton et une voiture ; la voiture c’est une entité à part entière, elle obéît à des règles strictes pour mieux les contourner par la suite, elle prend soin d’elle, on prend soin d’elle juste pour la prendre par la main et la montrer à ses copains comme un trophée parce qu’elle n’est pas souvent si facile à avoir, si facile à maîtriser. Et à la fin on en perd le contrôle, elle finit dans le décor avant de se refaire une beauté et d’appartenir à un nouveau maître.

Je disais une femme qui veut traverser et une voiture qui arrive à toute vitesse.
Sans soleil elle serait déjà morte la pauvre femme. Seulement voilà, le soleil c’est la machine à hormones, le moteur qui fait couper ce dernier, celui qui fait appuyer sur les freins en disant “Il fait beau, il y a du vent et elle est en jupe, laisse-la traverser”.

Il a freiné trop brutalement, s’est fait emboutir et est mort sur le coup.
Je n’aime pas le soleil de toute manière.

Deviens ce que tu hais.

Publié dans I feel weird. avec des tags, le mai 13, 2008 par Sacriledge

Quelqu’un qui vous déteste autant, c’est quelqu’un qui veut que vous le détestiez autant, c’est quelqu’un qui veut votre attention. Donc c’est quelqu’un qui vous aime inconsciemment. (FB)

C’est marrant comme être pris dans une position de point de non retour peut vous forcer à faire des actions bien précises, à réfléchir autrement qu’il en est d’habitude.
A apprécier certaines choses, certains statuts qui n’auraient jamais été envisageables en période “normale”, et c’est là, quand on croit être arrivé au bout du chemin qu’on commence à emprunter un sentier encore plus ombragé que le premier.
C’est aussi là que la moindre des améliorations, pourtant bien en dessous du niveau de la mer, ne peut que réjouir et s’imposer comme un nouveau mode de vie ; non plus la recherche d’une vie bien mais d’une autre pas si mal que ça. Comme tout le monde quoi.

Quelqu’un.

Publié dans I feel weird., IRL, Mal en Mars avec des tags le mai 4, 2008 par Sacriledge

Il n’y a rien de plus glauque et dérangeant que les hôpitaux.
Je mets ensemble les hôpitaux et les maisons de retraite. Il ne faut pas s’imaginer les maisons de retraite comme un ensemble de salles où nos petits vieux jouent au bridge ou à la belote en regardant les feux de l’amour comme on le voit dans tous les reportages de TF1.
Non. C’est beaucoup plus sournois. Je fais le parallèle entre les deux établissements car quand on y entre on ne sait pas toujours quand on va en ressortir et dans un cas comme dans l’autre on n’en ressort pas forcément debout et en vie.

Je sais. On va encore me dire que je fais des articles pour dépressifs et qu’il n’y a aucune joie dans mes textes. Qu’y puis-je s’il n’y a rien de drôle à interpréter en ce moment. Je sais aussi. Je pourrais vous parler de choses lugubres sur le ton de l’humour, je pourrais même ne pas vous parler de choses lugubres. Oui, je pourrais. Mais je n’ai pas vraiment le cœur à ça. Je sais encore. Facile à dire quand on en a pas.

Bref, pourquoi une haine viscérale envers eux ?
Ça sent le propre, l’absence totale de sentiments, une ambiance aseptisée où plus personne ne compte les jours, de peur de se rendre compte de ne plus savoir lequel est il, de se rendre compte qu’ils sont là depuis déjà trois ans ou seulement depuis une semaine, ce qui revient au même.
Dans ces salles où il n’y a que des fenêtres, des fenêtres à part sauter à travers ça ne sert à rien. A quoi bon regarder dehors quand on sait que ce monde ne nous accueillera jamais plus ? Qu’il nous dégoute, que c’est réciproque, qu’on ne comprend plus rien et qu’on ne peut plus se faire comprendre.
Même mes proches ne me comprennent plus, je parle, je suis sûre de parler, mais eux me regardent comme si je parlais une langue étrangère ou comme s’ils étaient sourds et moi muette.

Docteur ? Depuis quand ne parle-t-elle plus ? C’est venu peu à peu ; il y a un mois elle disait encore des phrases entières mais depuis quelques semaines elle ne dit plus que des mots, et maintenant très rarement. Elle semble vouloir nous parler, on le sent dans ses yeux mais on ne comprend pas ce qu’elle dit. Elle nous remarque et semble attendre une réponse à sa question informulée.

Vous ne pouvez pas vous rendre compte à quel point cela fait de la peine de voir une personne que l’on connaît depuis toujours se faire tuer par la vie. Petite j’en avais marre qu’elle me raconte les histoires de la famille, les différents mariages, ses frères partis à la guerre, mais maintenant je donnerai n’importe quoi pour qu’elle me raconte quelque chose, qu’importe, qu’elle me parle, qu’elle me prenne par la main en me disant autre chose qu’il faut à tout prix qu’on la sorte d’ici.
Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça fait mal.

Je veux que tu me tues, toi.

Publié dans I feel weird. avec des tags, le avril 30, 2008 par Sacriledge

Il suffit d’une seconde pour ne plus pouvoir imaginer. Pour ne plus se demander ce que l’on pense puisqu’on ne pense plus et donc qu’on ne peut plus s’en rendre compte. Sans cela on continuerait de penser et la question ne se poserait même pas.

Vous me suivez ?

De temps en temps, je regarde par la fenêtre de ma chambre, et à chaque fois le soleil se lève sur une vie différente. Bonne nuit les choses d’ici-bas. Parfois, très tard, je crois que mon portable vibre dans ma veste, je me jette dessus en espérant que c’est toi, mais ce sont juste les basses de la sono qui le faisaient trembler dans ma poche… Je sais que cette histoire d’amour ratée est la seule que je ne regretterai jamais. Même quand je serai à l’hosto, attendant la mort avec les tuyaux de morphine plantés dans les bras, je continuerai d’y penser, d’être fier d’avoir vécu cela.
F.B.