Dernier sourire

De son enfance, elle n’a que très peu de souvenirs, des souvenirs morbides le plus souvent. Des lapins éviscérés au fond du jardin familial, des têtes de mulots ensanglantées sous ses fenêtres qu’elle découvrait en ouvrant ses volets le matin, des renards gisant dans les bosquets auxquels elle prenait plaisir à leur soutirer les dents. Ce genre de souvenirs qui n’ont fait qu’engendrer des pensées de plus en plus morbides au fil des années. Mais des pensées qui ne faisaient que se transformer dans la mesure où elles continuaient de s’aggraver. Des pensées négatives qui ne visaient que la race humaine mais qui restaient enfouies intérieurement pour le jour où il serait utile et légitime de lâcher ce genre de démons.
L’occasion ne se fit pas attendre.
A 10 ans, elle entre au collège. Elle est la plus jeune de ses camarades, elle ne dit rien, est le plus souvent muette mais réfléchit sans cesse. Elle n’estime pas intéressant de parler à quiconque, d’autant plus que ce ne sont tous que des idiots à ses yeux, et préfère se réfugier dans les ouvrages de l’immense bibliothèque de ses parents. Elle ne sait pas quelle est sa place en ce bas monde. Elle se sent de trop, à moins que ce ne soit les autres qui aient ce rôle ingrat.
Evidemment, une fille ne vivant que par les livres à un âge où tous les groupes sociaux se forment, ne joue pas tout à fait en sa faveur. Chaque soir, elle rentre avec un groupe de cinq garçons de sa classe, classe dite de surdouée, pour profiter d’une attitude sociale factice mais dont elle reconnait à contrecœur, avoir plus que besoin. Au début, elle ressent et profite de la redécouverte de ce sentiment d’appartenir à un groupe, sentiment qu’elle avait pourtant tout naturellement avant d’entrer au collège, mais se rend compte que ce sentiment n’est qu’à sens unique. Ces cinq garçons ont eux aussi la sensation d’appartenir à un groupe, mais groupe dont elle ne fait pas partie à leurs yeux.
Les journées passent, elle se sent plus seule chaque jour ; les soirs passent, elle se sent de plus en plus de trop à chaque sortie des cours. Et puis un jour, du jour au lendemain, ils s’intéressent à elle, ils lui posent des questions, ils la regardent comme une amie, et bien sûr, elle leur fait confiance. Tout se passe de mieux en mieux entre eux six, on ne reconnait plus cette petite fille renfermée qui maintenant rigole comme si chaque instant était un cadeau de la vie. Elle a trouvé des amis.
Des devoirs non négligeables sont à faire pour le lendemain et c’est tout naturellement que le chef de ce petit groupe leur propose de venir travailler ensemble chez lui. Ses parents ne sont pas là, ils auront donc tout leur temps pour étudier et préparer leurs travaux à la perfection. Evidemment, elle accepte en voyant que cette solution réjouit ses amis. Et puis tout est allé très vite, trop vite. Dans cet appartement modeste, ils se sont mis à la déshabiller violemment, à la frapper, encore et encore. Elle ne comprenait pas, ne comprenait plus rien. Elle avait une confiance aveugle en eux, une confiance illégitime. Les coups ne s’arrêtaient pas. Quand elle voulait crier, il y en avait toujours un pour lui faire comprendre qu’il savait quoi faire pour l’empêcher d’agir à sa volonté.
C’est âgée de 11 ans, avec des larmes qui ne s’arrêtaient pas de couler sur son visage de petite fille, qu’elle perdit son innocence contre son gré. Son cauchemar avait duré plus d’une heure. Frappée, abusée et désabusée, ils la laissèrent pleurer en allant faire leurs devoirs, comme s’il ne s’était rien passé, ou en tout cas rien de notable. Elle entend quelques uns prendre une douche, d’autres grignoter, tous rigolant et souriant d’être devenus des hommes. Elle commence à se rhabiller, se coiffe sommairement pour rentrer chez elle et part en courant, devant leurs regards fiers et dominateurs.
Elle rentre chez elle, ses parents sont encore au travail, ils ne rentreront pas avant encore plusieurs heures. Elle prend une douche, comme si elle ne réalisait pas ce qu’il venait de se passer, se met finalement à vomir et à pleurer sans pouvoir réussir à s’arrêter.
Le lendemain, elle se fait disputer car n’a pas eu le temps de faire ses devoirs, elle accuse le coup sans broncher. Elle croise ses bourreaux, ses anciens amis qui lui offrent un sourire en la voyant : le sourire du diable. Toute la journée elle se sent malade, souillée, trahie, en colère. Ces sentiments qui ne font que commencer et qui grandiront inlassablement au fil des années futures. Le soir elle rentre seule mais se fait rattraper par son petit groupe. Chaque soir elle rentre avec eux car elle n’a pas une multitude de choix d’itinéraires pour rentrer chez elle. En moyenne une fois par semaine ce cauchemar passé recommence. Effrayée par leurs menaces de tout dévoiler, de cette honte mise au regard de tous, elle continue leur petit jeu, à contrecœur. Elle les déteste autant qu’elle peut bien se détester. Tous les jours elle sourit en cours, fait ses devoirs, mais voit sa moyenne dégringoler. Evidemment, elle n’en a jamais parlé à qui que ce soit, elle passe ses journées comme si de rien n’était, gardant sa politesse habituelle, pour s’effondrer en larmes à peine rentrée chez elle.
Cela dura deux ans. Au bout de ces deux ans, elle change de classe, change d’amis, change aussi de mentalité vis-à-vis des autres. Même si un pan de sa vie se ferme, l’engrenage ne va cesser, va même s’empirer. Elle commence à fumer, boire, se droguer, séduire les garçons. D’un côté, ils ne lui inspirent que du dégoût, de l’autre elle ne se considère plus que comme une salope, alors elle assume son statut en continuant à faire ce pourquoi elle avait été tellement détruite ces deux années durant. Une tentative de suicide et une multitude de séances chez des différents psys plus tard, elle sait qu’elle ne reste en vie que pour se venger d’eux, pour leur faire payer au centuple toutes les souffrances qu’ils lui ont infligées, si cela reste toutefois possible. Ils ont, d’un côté, donné un but à sa vie.

voilà, j’ai encore tout lu et passionnant même si on est gêné de lire ça, ça fou un truc bizarre pe parce que je suis une fille
10 ans c’est un peu jeune kan m non?
(j’étais une tête au collège et mes notes ont dégringolé au lycée, un rapport? non aucun)
10 ans c’est un peu jeune kan m non? > Tu sais à quel point je peux aimer choquer =}